Éditoriaux 2026

La musique, messagère de la paix

Le célèbre violoncelliste Pablo Casals avait l’habitude de commencer chacun de ses récitals en interprétant son arrangement d’El Cant del ocells, une berceuse populaire, habituellement chantée à Noël dans sa Catalogne natale. Issue du Moyen Age, cette chanson anonyme est censée apporter, au cœur de l’hiver, l’espoir qu’un jour le printemps reviendra. Ce sont les oiseaux qui véhiculent la bonne nouvelle ; un aigle, un moineau, une linotte et une mésange chantent tour à tour le retour du Sauveur et avec lui, de la paix et de la joie.

Ce chant des oiseaux s’est imposé comme la signature musicale de Pablo Casals qui en a fait un symbole de paix et de liberté, un symbole d’union entre les peuples. Contraint de vivre en exil pendant plus de trois décennies, le célèbre violoncelliste a utilisé le langage universel de la musique pour s’engager en faveur des droits humains. Il s’est fait l’apôtre de la paix, affirmant haut et fort : « La musique chasse la haine chez ceux qui sont sans amour. Elle donne la paix à ceux qui sont sans repos, elle console ceux qui pleurent. »

L’engagement pacifiste de Pablo Casals est loin d’être un cas isolé chez les musiciens. De nombreux interprètes se sont engagés ou s’engagent activement en faveur de la paix et mettent leur art et leur talent au service du dialogue entre les peuples. Ils ont pour nom Yehudi Menuhin, Miguel Angel Estrella, Mstislav Rostropovich, Jordi Savall, Daniel Barenboim ou encore Yo Yo Ma. Ces « messagers de la paix » œuvrent à faire de la musique un facteur d’harmonie universelle et de rapprochement entre les peuples.  Tous ces musiciens de génie ont consacré ou consacrent leur temps, leur talent et leur passion à améliorer la vie de plusieurs milliards de personnes sur notre planète. Pour eux, les êtres humains sont tous égaux devant une symphonie de Beethoven, la Musique pour les feux d’artifices royaux de Haendel ou les Vêpres de Rachmaninov.

Un article paru en 1998 dans le Monde diplomatique sous les plumes conjointes de Yehudi Menuhin et de Miguel Angel Estrella est particulièrement emblématique de cet engagement. Dans ce texte vibrant d’humanité, les auteurs s’interrogent sur leur rôle en tant qu’artistes : « Un musicien peut-il se contenter de faire carrière ou doit-il être un ferment, un éveilleur de consciences, un révolutionnaire ? »

Les cosignataires affirment haut et fort leur croyance dans le pouvoir de la musique comme moyen et outil d’expression universelle, permettant la communion et le partage. Pour eux, la musique est une « fantastique médiatrice entre les êtres humains, vieille comme le monde, aussi partagée que la lumière du soleil ; elle parle le langage universel de la vie et de la mort, de la douleur, de la joie et de l’espérance. » Elle permet d’atteindre « l’union avec les autres, avec l’environnement et le partage de la richesse intérieure de l’être. […] La musique n’est pas, ne doit pas être, un objet de consommation, mais un moyen de se frayer un chemin vers autrui et vers soi-même. Elle représente une force insoupçonnée dans la société capable de faire bouger les choses. »

Tous ces musiciens le savent bien :  la musique va au-delà du simple divertissement. Son message est universel : il traverse le temps et les époques pour atteindre le cœur des hommes. « Venue du cœur, qu’elle aille au cœur », disait Beethoven à propos de sa Missa Solemnis. C’est cette musique porteuse d’espoir et de valeurs que vous pourrez apprécier dans les Riches Heures de Valère, une musique venue de temps lointains qui nous touche par son humanité, son universalité.

Belle saison 2025.

Catherine Buser

Musicologue, Productrice de l’émission L’Oreille d’abord sur RTS Espace 2

Directrice artistique de la Saison Musicale de la Fondation Pierre Gianadda

François Puget (1651–1707), Réunion de musiciens, 1688, huile sur toile, 147 × 212 cm, Musée du Louvre, Paris.

Vivre sous les étoiles

En 1958, Marcel Pagnol publie – à la surprise générale – une traduction versifiée des Bucoliques de Virgile. Voilà un homme que le grand public associe aujourd’hui encore au divertissement populaire, en raison de ses productions cinématographiques et de ses savoureux Souvenirs d’enfance, qui se frotte pourtant au classicisme le plus officiel, celui laissé dans la conscience européenne par la « cendre latine et la poussière grecque ». Dans une émouvante préface, l’auteur détaille les raisons de sa démarche, évoquant les liens affectifs l’unissant à ces textes multiséculaires : dès l’école, l’apprentissage du latin, professé par des enseignants passionnés et compétents, a suscité en lui l’amour d’un passé rendu soudain étrangement proche ; et par l’accès à cette littérature antique, c’est le monde qui soudain se révèle – monde intérieur, monde extérieur.

Pour Virgile, au premier siècle avant Jésus-Christ, comme pour Pagnol en 1958 – et pour nous aujourd’hui, l’amour fait souffrir parfois, et parfois élève ; la mort stupéfie ; la présence ou l’absence de Dieu interroge ; l’amitié réconforte ; la beauté du monde émerveille. De même, l’organisation politique doit être réglée, le vivre-ensemble sans cesse remis sur le métier, l’avenir envisagé avec ses risques et ses opportunités. Les Bucoliques parlent de tout cela. Les réponses antiques ne sont peut-être plus les nôtres, mais elles viennent enrichir nos réflexions et donner à nos considérations contemporaines un socle solide à quoi nous arrimer pour, enfin, penser.  Pagnol le résume ainsi : « les étoiles sont toujours les mêmes, et qui lève la tête les voit ».

Dans un monde où l’enseignement de l’histoire est, dans certaines régions de notre pays, menacé au niveau secondaire, où les Humanités sont fragilisées au niveau tertiaire, où les budgets s’amenuisent, il est plus que jamais nécessaire de rappeler que la culture est l’affaire de tous, et a un rôle à jouer dans le débat public.

Bien qu’anciennes – parce qu’anciennes ! – les œuvres musicales présentées par Les Riches Heures de Valère fécondent notre époque. Les écouter, c’est plonger dans un temps révolu, et – à travers lui – réanimer le nôtre. Composées pour la Cour ou l’Église, intimistes ou plus spectaculaires, ces musiques font rêver, font réfléchir. Elles parlent d’amour, de mort, d’amitié ; soulèvent des questionnements spirituels ou politiques. Elles nous réveillent !

Par une orientation tarifaire avantageuse, Les Riches Heures de Valère souhaitent que chacune et chacun puisse pousser la porte d’une basilique du XIIIe siècle, d’une église baroque, d’une salle de concerts, et avoir accès à ces voix anciennes mais toujours actuelles. Car ces œuvres nous parlent, à tous.

 

« Les étoiles sont toujours les mêmes, et qui lève la tête les voit ».

 

 

Caroline Barras et Marie Favre

Direction des Riches Heures de Valère

 

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